Histoire

Le Carnaval est avant tout une fête populaire ! Il est de tradition de penser que les marins de la grande pêche sont à l’origine du Carnaval de Granville. Les départs pour les Bancs de Terre Neuve avaient lieu chaque année autour de mardi gras. La traversée était longue et rude et les marins avant de partir voulaient profiter et s’amuser avant de braver les tempêtes.

Les Granvillais ont perpétué la tradition et même si les pêcheurs ne partent plus à bord des Terre-neuvas, toute la population profite de ces 4 jours de liesse. Une trentaine de chars satiriques, jusqu’à 130 000 carnavaliers, et des millions de confettis envahissent les rues de Granville pour un déroulement rituel  :

  • Le carnaval débute dès le vendredi soir, en musique, avec un concert à la Maison du Carnaval.
  • Il se poursuit le samedi avec le défilé et le Bal des enfants. En soirée, les groupes de musique animent les rues de la ville.
  • Le dimanche, c’est la grande cavalcade, qui reprend même le soir, illuminée.
  • Lundi, le Bal à papa, où un millier de carnavaliers se retrouvent, déguisés, pour danser.
  • Le mardi, les chars emmènent le Bonhomme Carnaval pour le juger et, comme à chaque fois, le jugement lui est fatal : crémation assurée ! La bataille de confettis anime alors les foules et le carnaval se termine par la soirée d’intrigues dans les rues, les bistrots et restaurants de la ville.

Livres

carnavallivre

Pour les amateurs de Carnaval, vous pouvez vous procurer en librairie le livre « Mémoires de Carnaval » écrit par Jacques BOUGEARD, Jean-Louis GOËLAU et Jean-Marc SANTIER.

Les Granvillais ont bien de la chance…

Ils ont pour eux la mer et le port qui ont façonné leur patrimoine, une ville et une station-balnéaire pour le moins réputées et recherchées et… le carnaval !

Symbole de fête et de convivialité, le carnaval ne pouvait être mieux raconté que dans un ouvrage collectif par trois amis, qui le « font » et le « vivent » depuis des décennies…

Ou encore consulter leur site web à l’adresse suivante :

http://monsite.wanadoo.fr/carnavalgranville/

Le livre « Granville Mémoires de Carnaval » est en vente dans toutes les bonnes librairies de Granville et de sa région. Prix public: 29 euros. Editeur: René Gautier, Eurocibles, 1, centre du Clos l’Evêque, B.P 3 – Marigny- 50570, Tel: 02 33 55 00 00.

Analyse

Extrait de « UTILITE SOCIALE DES ASSOCIATIONS

ANALYSE COMPARATIVE ILE-DE-FRANCE et BASSE-NORMANDIE »

Stéphane CORBIN (Equipe LASAR, université de Caen)

Avec la participation de : Céline VIVENT, stéphane GOGARD et Cédric HAREN, sous la responsabilité du professeur Salvador JUAN

Comité des fêtes de Granville

Au nombre des symptômes de la crise sociale qui affecte de manière globale notre société, la disparition des ritualisations apparaît comme l’un des plus inquiétants. Les comportements compulsifs, les violences en tout genre, l’indifférence aux autres, le repli dans la sphère privée croissent en effet à mesure que les rites, qui avaient pour vocation de régler et de pacifier les relations sociales, se dissipent. Il ne suffit certes pas de déplorer la disparition des civilités, en suggérant ainsi que la solution à tous les problèmes, considérés uniquement sous l’angle de la conjoncture, pourrait résider dans la volonté des individus de recouvrer des comportements moraux qu’ils auraient, par négligence ou mauvaise foi, abdiqués. Cette crise est assurément plus grave que ce que supposent ces diagnostics réductionnistes, dans la mesure où ses racines ne sont pas strictement individuelles, mais profondément ancrées dans la dynamique du changement social qui, le plus souvent, rend vaine la volonté, procédant d’initiatives individuelles, d’infléchir ces logiques à l’œuvre qui, fatalement, les dépassent. Ce qui s’est effondré, ce sont ces institutions sociales rituelles qui assuraient, dans un registre nécessairement supra individuel, la solidité du lien social. Lorsqu’il est donné d’en repérer, ça ou là, quelque vestige, il convient alors de tenter de mesurer son aptitude à conférer à la communauté la solidarité qui la rend pérenne en la protégeant contre les logiques qui concourent, à l’exact opposé, à l’atomisation des individus.

Le carnaval de Granville est, à n’en pas douter, à compter au nombre de ces vestiges. Toutefois, on ne saurait se contenter d’une interprétation qui est devenue un lieu commun sociologique, largement véhiculé par ceux qui considèrent, trop rapidement, que tous les carnavals constituent des rites d’inversion qui ont pour vocation d’assurer l’ordre social, sans discernement de l’époque à laquelle ils sont censés s’effectuer.

Georges Balandier, notamment, a effectivement montré que le carnaval au Moyen Âge supposait une inversion, mais il a précisé que celle-ci “ bien qu’elle n’exclue pas la violence, ne dégénère pas en subversion. Elle se réalise à l’intérieur du système symbolique et rituel qui définit l’ordre social médiéval ”. On ne pourra donc étendre aux carnavals qui ont cours aujourd’hui, ce qu’affirme Balandier à propos de ceux du Moyen Âge, qu’à la stricte condition d’indiquer ce que constitue l’ordre social qu’ils auraient vocation à maintenir. Deux propositions sont alors à proscrire, parce qu’elles ne prennent pas la pleine mesure de ce qu’elles avancent sur un mode quelque peu péremptoire : celle qui consiste à légitimer toute forme de désordre comme facteur d’un ordre qu’elle nie d’abord dans la justification de la violence qui lui est faite ; celle qui consiste à valider, coûte que coûte, l’ordre des choses en se justifiant d’une ritualisation qui n’est alors appréhendée que sous l’angle d’un intermède permissif. Rapportés au contexte du carnaval de Granville ces deux précautions doivent donc nous interdire de justifier le carnaval pour la seule raison qu’il faudrait ou bien tolérer toute forme de désordre, ou bien se résigner à estimer que l’ordre social établi est légitime.

De manière plus modeste, ces observations préalables doivent nous inciter à tenter de dévoiler ce que le carnaval de Granville est susceptible d’instituer localement, qui concoure à maintenir une socialité plus intense que dans d’autres contextes similaires.

Le carnaval de Granville est une tradition qui remonte à plus d’un siècle. Les premières éditions marquaient les départs pour les grandes pêches, qui s’effectuaient notamment sur les terre-neuvas. Ces expéditions étaient longues et quelquefois périlleuses. Le carnaval constituait alors, à cette époque, un rite de marge, une grande fête qui autorisait les marins, ainsi que leurs proches, à se livrer aux dernières licences qui précédaient les longs mois de travail en mer qui supposaient séparation et privations.

Le carnaval de Granville, en dépit de son évolution historique, a conservé cette dimension traditionnelle qui en fait aujourd’hui une véritable institution. Du carnaval originel demeure la cavalcade des chars de quartiers ; l’exécution du bonhomme carnaval, les intrigues, et le bal. Dans sa forme actuelle, le défilé comporte aussi des chars indépendants qui échappent en quelque sorte au contrôle du comité des fêtes qui depuis lors est devenu l’association organisatrice. De manière plus générale, le carnaval a évolué en fonction des changements qui ont affecté la société granvillaise, mais aussi son rapport à l’extérieur. Si, dans sa forme originelle, le carnaval concernait exclusivement les habitants de Granville, il associe aujourd’hui les touristes et certaines personnes qui viennent des environs. Parmi ceux-là, quelques-uns sont devenus des adeptes de cette manifestation, à laquelle ils participent régulièrement. Il s’agit là d’une évolution significative qui, toutefois, ne rompt pas avec un autre aspect de la tradition granvillaise.

La ville de Granville a en effet cette particularité d’être tout à la fois un port de pêche et une ville de villégiature. Cette double identité remonte à plus d’un siècle, à l’époque où la construction de la ligne de train Paris-Granville a drainé les premiers flots de touristes, venus de la capitale. Au dix-neuvième siècle, les touristes parisiens appartenaient exclusivement aux classes aisées ; de cette époque, Granville a conservé ces grandes villas bourgeoises qui, installées sur les hauteur de la vieille ville, dominent encore aujourd’hui le port de pêche et le port de plaisance. A cette époque glorieuse, où Granville fut baptisée avec une certaine emphase “ la Monaco du Nord ”, les touristes ne participaient pas au carnaval ; hormis peut-être quelques individus isolés qui pouvaient y trouver l’occasion de s’encanailler, la très grande majorité ne voulant se commettre dans ces pratiques licencieuses.

Depuis cette époque, les choses ont bien changé, et les touristes parisiens, qui n’appartiennent plus majoritairement à la grande bourgeoisie, sont désormais attirés par le carnaval (même si pour l’occasion, ils sont moins nombreux qu’en période estivale). Toutefois, si le changement de stratification sociale a contribué à rapprocher les touristes des Granvillais de souche, une distinction demeure qui reflue dans le carnaval. Pour l’essentiel, les acteurs du carnaval sont originaires de Granville, alors que les touristes sont presque exclusivement cantonnés au statut de spectateurs.

Cette évolution significative du carnaval en altère d’ailleurs quelque peu la signification première. En effet, il est devenu, au fil des ans, un véritable spectacle qui attire les foules ; ce qui a contribué à accentuer une distinction (entre acteurs et spectateurs) qui, autrefois, n’avait assurément pas la même portée. Nous n’insisterons pas sur l’avènement de cette logique spectaculaire qui est aussi conditionnée par le désir d’assister à une manifestation qui conserve néanmoins une dimension traditionnelle, et qui en fait le vestige d’une époque révolue.

Le défilé restitue, en partie, cette distinction qui s’est progressivement affirmée. A la parade “ plus officielle ” des chars de quartiers viennent se joindre les chars indépendants. Les premiers assurent tout à la fois la représentation de l’identité des quartiers et le spectacle pour lequel la grande majorité des personnes de l’extérieur se sont déplacées ; les seconds, dans un registre incomparablement plus subversif constituent des moyens de manifester des positions plus radicales, que d’aucuns considéreront d’ailleurs comme tout à fait scandaleuses.

Le dérèglement, la subversion, voire la dimension orgiaque qui caractérisent les carnavals traditionnels sont essentiellement assurés par ces chars indépendants. Ils sont le plus fréquemment élaborés par les plus jeunes qui laissent aux personnes plus âgées le soin de confectionner les chars de quartiers, beaucoup plus conventionnels.

La fonction cathartique du carnaval, qui apparaît aussi dans la dimension volontairement provocatrice de certains chars indépendants, correspond surtout à la vocation des “ intrigues ” : certains acteurs du carnaval, grâce à l’impunité et à l’anonymat que confère le déguisement, font courir des rumeurs sur le compte de certaines personnes. Aux plaisanteries tout à fait anodines que l’on fait aux amis, se mêlent aussi des rumeurs plus acerbes (avérées ou non) qui relèvent certaines fois du règlement de compte ou, apparemment, de la volonté de nuire. Compte tenu de l’évolution des mœurs, nombreux sont ceux qui trouvent tout à fait déplacée la perpétuation de cette coutume très ancienne. D’ailleurs, ceux-là n’hésitent pas à quitter Granville pendant la période du carnaval. Si l’on ne peut, sans réserve, estimer que la pratique des intrigues demeure tout à fait légitime, on peut néanmoins observer que sa fonction rituelle consiste, tout en les énonçant et en les rendant publics, à purger la communauté des conflits qui se sont accumulés durant l’année écoulée. Ces intrigues qui s’effectuent le mardi soir, à la fin du carnaval, lorsque les touristes et les gens de l’extérieur sont presque tous partis, constituent le moment où les objets de litiges et les ressentiments peuvent enfin s’exprimer ; la dimension cathartique de ces intrigues consiste essentiellement à éviter que ces rumeurs s’installent plus durablement, et plus clandestinement, dans le temps de la quotidienneté.

La dimension chaotique du carnaval, qui en constitue l’essence, dissimule le travail extrêmement important que son organisation réclame. Cette tâche est pour l’essentiel dévolue au comité des fêtes, qui organise la confection des chars de quartiers et, plus largement, le bon déroulement de la parade. Il s’agit en l’occurrence de préparer les diverses animations musicales, mais aussi de contrôler, de la manière la plus subtile possible, la dimension nécessairement chaotique de la parade qui ne doit pas cependant sombrer dans l’excès de la démesure.

L’organisation de ce carnaval confère au comité des fêtes un statut particulier. En effet, le dynamisme dont il fait preuve ne se limite pas à l’organisation de cet événement. Le comité des fêtes, se substituant ainsi à l’Office culturel, est également à l’initiative de nombreuses autres manifestations qui rythment notamment la période estivale. Il s’agit plus particulièrement des concerts en plein air qui animent les soirées d’été et constituent un atout supplémentaire pour attirer les touristes.

En dépit de cette activité intense du comité des fêtes, saluée par les estivants, la municipalité et la majorité des Granvillais ; une minorité dénonce néanmoins ces initiatives qui, selon eux attentent à la tranquillité et au calme de la station balnéaire.


4 réflexions au sujet de « Histoire »

    ESTER JEAN CLAUDE a dit:
    20 janvier 2010 à 4:10

    Dommage que dans l’histoire du carnaval de GRANVILLE on ne parle pas des anciens carnavaliers,soit ANDRE ESTER mon pére,MARCEL CHAPET,JEAN FICHEPOIL,d’ailleurs je possède un album photos de 1922 à nos jours.Il aurait été intéressant que ces noms figurent dans le livre des mémoires de carnaval.Amicalement

    Jacques Tenier a dit:
    19 février 2012 à 10:09

    Carnaval 2012: quelques photos de la journée du dimanche 19/02
    https://picasaweb.google.com/115153243099885672068/CarnavalGranville190212

    Julienne a dit:
    6 février 2016 à 7:20

    si d’aventure ,d’autres carnavaliers essayaient de refaire un aussi génial livre que celui des goelau bougeard et santier ,vous devriez offrir les archives qui parlent de votre papa et de ses amis .jmarc carnavalier depuis 1968.

    Tenier a dit:
    8 février 2016 à 12:01

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s